
La reprise des cours prévue le lundi 12 janvier 2026 n’a pas eu lieu dans de nombreux établissements publics du Gabon. Dans plusieurs villes du pays, notamment à Libreville, Lambaréné, Oyem, Mouila et Franceville, les salles de classe sont restées vides, conséquence directe de la poursuite du mouvement de grève déclenché par la plateforme syndicale SOS Éducation. Une situation qui plonge le système éducatif gabonais dans une nouvelle zone de turbulences, à peine quelques jours après le lancement officiel de l’année scolaire.
À l’origine de cette mobilisation, un ensemble de revendications anciennes restées sans réponses jugées satisfaisantes par les enseignants. Retards de paiement, situations administratives non régularisées, intégrations budgétaires en attente, absence de perspectives claires d’avancement et conditions de travail dégradées figurent parmi les griefs les plus souvent évoqués par les syndicats. Pour SOS Éducation, le 12 janvier ne pouvait être une reprise normale tant que ces questions structurelles n’étaient pas traitées de manière concrète.
Dès le week-end précédent la rentrée, les assemblées générales syndicales avaient donné le ton. Dans plusieurs provinces, les enseignants ont voté la poursuite de la grève, estimant que les discussions engagées avec les autorités n’avaient produit que des promesses sans calendrier précis. Les responsables syndicaux dénoncent ce qu’ils qualifient de « gestion à court terme » de la crise éducative, accusant l’administration de privilégier des annonces politiques au détriment de solutions durables.
Face à la pression grandissante, le gouvernement a tenté d’apaiser les tensions. Le 12 janvier, la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong, a annoncé la mise en place d’une commission interministérielle chargée d’examiner l’ensemble des situations administratives litigieuses au sein du ministère de l’Éducation nationale. Cette commission devra travailler sur la régularisation des agents non intégrés, les rappels de solde et la clarification des carrières.
Si cette annonce a été saluée comme une ouverture au dialogue, elle n’a pas suffi à convaincre les syndicats de lever le mot d’ordre de grève. Pour SOS Éducation, l’expérience des années précédentes incite à la prudence. Les enseignants rappellent que plusieurs commissions similaires ont déjà été mises en place par le passé sans déboucher sur des résultats tangibles. Ils exigent désormais des actes immédiats et vérifiables.
Sur le terrain, les conséquences sont visibles. Des parents d’élèves, désemparés, oscillent entre compréhension et inquiétude. Beaucoup reconnaissent la légitimité des revendications des enseignants, tout en redoutant l’impact d’une paralysie prolongée sur le calendrier scolaire.
Certains craignent que les élèves, notamment ceux en classes d’examen, ne soient une fois de plus les principales victimes d’un conflit social récurrent.
Dans les établissements privés, la situation est contrastée. Si certains ont repris normalement les cours, d’autres font face à des perturbations liées au climat général et à la circulation de rumeurs sur une éventuelle extension du mouvement. L’incertitude domine, alimentée par l’absence de calendrier clair pour une sortie de crise.
Au sein de l’administration éducative, des responsables reconnaissent en interne l’ampleur du malaise. Le secteur, déjà fragilisé par des années de sous-investissement, peine à absorber les chocs successifs. La question de la réforme structurelle du système éducatif revient avec insistance dans le débat public, alors que la grève met en lumière les failles profondes de la gouvernance scolaire.


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