
Le père de Maël parle avec retenue, mais chaque phrase est lourde d’une douleur qui ne s’apaise pas. Ce qu’il raconte n’est pas un récit reconstruit, encore moins une rumeur. C’est sa vérité, celle d’un homme qui a vu la vie de son enfant basculer en quelques secondes, un samedi ordinaire devenu tragédie.
Le samedi 13 décembre dernier, Maël était avec son père et ses deux petits frères. Ils revenaient ensemble après avoir célébré l’anniversaire de l’enfant. Douze ans. Une journée qui devait rester un souvenir heureux, une parenthèse de joie familiale. Ils prennent la route du retour, à bord du véhicule familial. Les enfants sont tous assis à l’arrière, comme d’habitude. Le père conduit.
Arrivés au niveau du boulevard Triomphal, la circulation est totalement bloquée. Un embouteillage important, des voitures à perte de vue, des minutes qui s’étirent. Rien d’anormal dans une ville habituée à ces ralentissements. Le père attend, avance lentement, concentré sur la route.
Les enfants discutent derrière, encore imprégnés de l’ambiance de l’anniversaire.
Puis, soudainement, tout bascule.
Sans aucun avertissement, le pare-brise du véhicule est transpercé par une balle. Un choc sec, violent. Le père n’est pas touché. Il n’a même pas le temps de comprendre ce qui vient de se produire. Mais presque immédiatement, il entend un cri à l’arrière. Un cri bref, perçant, venu de Maël. En se retournant, il voit le sang. Le front de son fils est atteint. La balle s’est logée dans sa tête.
Le père décrit ce moment comme irréel. Le temps semble suspendu. Il appelle Maël, tente de lui parler, mais l’enfant est gravement blessé. Les deux petits frères assistent à la scène, pétrifiés, incapables de saisir l’ampleur de ce qui se passe. La peur envahit l’habitacle. Le sang, le silence qui suit le cri, l’incompréhension.
Pris dans l’embouteillage, le père ne peut pas avancer. Il cherche de l’aide. C’est alors que des éléments des FARDC apparaissent sur les lieux. Selon le père, ils proposent spontanément leur aide pour sauver l’enfant. Ils décident d’acheminer Maël d’urgence vers l’HJ Hospital, à pied, la circulation étant totalement bloquée. Il n’y a pas d’autre choix. Chaque seconde compte.
Le père confie ses deux autres enfants à l’oncle, qui les a rejoints entre-temps. Les petits restent dans le véhicule. Le père, lui, suit, le cœur en lambeaux, portant son fils blessé. Le trajet se fait dans l’urgence, dans l’angoisse, sous les regards médusés des passants. Le boulevard Triomphal devient le théâtre d’une course contre la mort.
À l’HJ Hospital, Maël est immédiatement pris en charge par le service des urgences. Il est conduit au bloc opératoire. Il est environ 19 heures. Les médecins font tout ce qui est possible. L’intervention durera de longues heures, jusqu’à 3 heures du matin. Pendant ce temps, le père attend, impuissant, suspendu aux portes du bloc, priant en silence, espérant l’impossible.
À la sortie du bloc opératoire, Maël est plongé dans le coma. L’état est critique. Les jours suivants sont une épreuve interminable pour la famille. Le père reste présent, parle à son fils, l’appelle par son prénom, espère un signe, un mouvement, un réveil. Chaque minute est un combat intérieur, partagé entre l’espoir et la peur de l’irréversible.
Mais le samedi suivant, la nouvelle tombe. Maël décède des suites de ses blessures. Douze ans. Une vie interrompue. Le père est anéanti. Il vient de perdre son fils, touché par une balle alors qu’il était assis à l’arrière d’un véhicule, revenant simplement d’une fête d’anniversaire.
Reste alors la question qui obsède, qui ronge, qui empêche le deuil de commencer : d’où est venue la balle ?
Le père affirme ne pas le savoir. Il n’a rien vu, rien entendu d’autre que l’impact et le cri de son enfant. Mais des témoins présents sur les lieux avancent une autre version. Selon eux, des éléments en tenue militaire auraient été aperçus à proximité au moment du drame. Ils évoquent un tir qui ne serait pas une sommation, mais un tir direct, frontal. Une balle qui n’aurait pas été tirée en l’air, mais qui aurait traversé le pare-brise pour atteindre Maël en plein front.
Ces témoignages soulèvent de lourdes interrogations. Comment un tir a-t-il pu être effectué en pleine circulation, sur un axe aussi fréquenté, alors que des familles et des enfants se trouvaient dans les véhicules ? Comment une balle peut-elle atteindre un enfant assis à l’arrière sans que personne ne soit tenu pour responsable ?
Maël Mavungu laisse derrière lui deux petits frères, désormais confrontés à une absence incompréhensible. À la maison, son souvenir est partout. À l’école Source de Vie, à Limete, où il était en 5e primaire, son nom résonne autrement. Une chaise vide, un cahier qui ne sera plus rempli, un uniforme qui ne sera plus porté.
Le père, lui, oscille entre la douleur, la colère et l’incompréhension. Il ne cherche pas à accuser sans preuves, mais il réclame que la lumière soit faite. Il veut savoir pourquoi son fils est mort, pourquoi une balle a traversé un pare-brise ce jour-là, pourquoi Maël, qui ne faisait que rentrer chez lui après avoir fêté son anniversaire, n’est plus là aujourd’hui.
Ce drame laisse une famille brisée, des enfants marqués à vie et une question qui continue de hanter tous ceux qui entendent cette histoire. Maël avait 12 ans.
Il s’appelait Maël Mavungu. Et sa mort, survenue dans des circonstances aussi violentes que troubles, continue de susciter douleur, incompréhension et indignation.


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