
Naître à Libreville, à Bitam, à Ndendé ou à Okondja n’offre pas les mêmes chances scolaires. Le programme est le même, les examens sont nationaux, mais les conditions d’apprentissage varient profondément selon les territoires. L’école gabonaise est une, mais les réalités sont multiples.
Dans plusieurs villages de la Ngounié, des salles de classe accueillent deux niveaux à la fois. Un seul enseignant gère le CP et le CE1, ou le CM1 et le CM2. Les élèves apprennent à attendre, à écouter sans toujours comprendre, à avancer malgré les manques. Quand l’enseignant est absent, l’école s’arrête. Pas de remplaçant, pas de continuité.
À l’Ogooué-Ivindo, l’éloignement pèse sur la motivation. Certains instituteurs affectés quittent leur poste après quelques mois. Le logement est précaire, l’accès à l’eau difficile, les soins rares. Les élèves s’attachent, puis voient partir celui ou celle qui les aidait à progresser. Cette instabilité fragilise l’apprentissage et installe une forme de résignation.
Dans les zones urbaines secondaires comme Mouila ou Franceville, l’école existe, mais les effectifs explosent. Des classes à 70 élèves ne sont pas rares. Le suivi individuel devient impossible. Les élèves les plus discrets disparaissent dans la masse. Ceux qui n’ont pas de soutien à la maison décrochent sans bruit.
L’accès au numérique, souvent présenté comme une solution, révèle aussi des inégalités. Certaines écoles disposent de salles informatiques inutilisées faute d’électricité stable ou de maintenance. Ailleurs, les élèves n’ont jamais touché un ordinateur avant le collège. Le même pays, deux rapports au savoir.
Les parents, partout, font des sacrifices. Dans le Nyanga, certains envoient leurs enfants vivre chez un parent en ville pour poursuivre leurs études. Cette séparation est vécue comme un mal nécessaire. Mais tous n’ont pas ce réseau familial. Beaucoup abandonnent après le primaire, non par manque d’intelligence, mais par manque de possibilités.
L’école gabonaise tient grâce à la débrouille, à la bonne volonté, à l’espoir. Mais elle fatigue. Les enseignants, les parents, les élèves. Penser l’éducation à l’échelle nationale impose de regarder au-delà des statistiques, d’écouter les récits locaux, de comprendre que l’égalité scolaire commence par l’égalité des conditions.

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